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Cela faisait longtemps que je n'avais pas écrit d'article sur le blog, aujourd'hui je vous propose une interview. C'est un exercice que j'aime faire, même si cela est une auto-interview, ce qui pourrait passer pour de l'égo me permet d'exprimer ce que je ressens un peu comme une thérapie, cela me fait du bien et me remet en question à chaque fois. De plus, cela répond peut être a des interrogations que vous vous posez à mon sujet.

KANBU AIKI (KA) / Anthony Auneau (AA)

 

KA : Tu commences a enseigner depuis peu de temps et de manière régulière au sein du dojo où tu as été formé. Qu'est-ce que cela t'apporte ? Pourquoi vouloir enseigner ?

 

AA : J'ai toujours voulu transmettre mon art. Le jour où j'ai commencé à pratiquer lorsque j'avais douze ans, un rêve m'est apparu où je voulais devenir un maître de cet art et diffuser l'idéal de paix proné par O'sensei (rires). Cela s'est renforcé le jour où j'ai rencontré Tamura sensei et fait quelques stages avec lui, puis encore lors de ma rencontre avec Mickael Martin son uchi deshi.

Bien que je ne sois nullement un maître, ni même un sensei, à la rigueur un assistant, j'ai toujours cette âme d'enfant à vouloir par la pratique des arts martiaux apporter une certaine forme de paix grâce à mon art et ce rêve se réalise petit à petit. Qu'est-ce que cela m'apporte ? Une certaine fierté. Transmettre est un véritable bonheur pour moi, je me livre corps et âme dans tout ce que je fais et c'est une sorte de mise à nu de moi même par la pratique. Être également remercié pour ce que je partage est un cadeau inestimable pour moi et je remercie celles et ceux qui apprécie mon enseignement si mince soit-il.

 

KA : J'imagine qu'enseigner dans le dojo où tu as grandi t'apporte une certaine joie. N'est-ce pas difficile de marcher sur les traces de tes professeurs ?

 

AA : Cela m'apporte une joie immense ainsi qu'une responsabilité d'autant plus grande qu'il s'agit du dojo de mes professeurs que je remercie ici de me donner le moyen de partager mes connaissances. C'est parfois difficile car je suis très exigent envers moi-même et envers les autres, il y a également une confiance qui s'est instaurée même si celle-ci peut – je pense – se briser à la moindre erreur. Cela force à être vigilant. Cela est aussi plus facile que de créer un dojo car les élèves me connaissent, le chemin est déjà débroussaillé si je puis dire. De plus, en tant que sempaï je me dois d'être exemplaire en toutes circonstances.

 

KA : Tu parlais de Mickael Martin et de Tamura Sensei. As tu suivi d'autres enseignants ?

 

AA : Mon senseï Michel Ponchart est ma première référence technique. C'est lui qui m'a tout appris et je l'ai toujours considéré comme une sorte de père spirituel. Notre relation va au delà de la relation maitre élève je pense. Tamura sensei a été la référence de mon sensei et de son professeur André Guillon qui a suivi maitre Tamura depuis le début. Mon sensei a également pratiqué le karaté shotokan pendant des années avant de faire de l'aikido et il a longtemps suivi Nébi Vural et a été fortement influencé par sa pratique des atémis chose que je retransmets aujourd'hui. J'ai également suivi Léo Tamaki pendant deux ans lors de stages dans le grand ouest mais ma référence hormis celle de mon sensei reste Mickael Martin qui a été l'élève de maitre Tamura.

 

KA : Quel est le cap que tu donnes à ta pratique aujourd'hui ?

 

AA : Même si je suis Mickael comme référence, pratiquer avec lui me permet de me ressourcer, de réappréhender la base, le kihon mais je considère la pratique de O'sensei comme un vrai trésor. Je regarde souvent des vidéos, j'analyse ses mouvements essaie de bouger comme lui, de comprendre le fond des choses. J'axe ma pratique sur une recherche de martialité notamment par la pratique des atemis, la recherche du travail sur la ligne avec la prise du centre, ainsi que les applications martiales sur des attaques plus réalistes.

 

KA : Qu'entends-tu par attaques plus réalistes ?

 

AA : Et bien des saisies suivi de frappes par exemple. En aikido on utilise kata men uchi par exemple mais ce n'est qu'une forme, elle illustre un principe mais dès que l'on sort de ce cadre du kata men uchi, cela devient un vrai probleme. Le souci est qu'en aikido on travaille sur des attaques dites définitives, une coupe une frappe mortelle et c'est tout. Il m'arrive donc d'expliquer que katate dori amène a une frappe et à une projection, que la saisie n'est qu'une étape a franchir puis vient la frappe puis la saisie suivie d'une frappe, voire les deux simultanément. Je travaille parfois sur du ryo kata dori suivi d'un coup de tête, d'une saisie de la manche suivi d'un coup de poing, d'un travail sur le jab propre a la boxe, ou de frappe issu du karaté, ou encore sur un coup d'estoc au poignard avec la main qui revient aussitôt. Bien entendu je ne forme pas des guerriers mais je cherche à exprimer le principe sur des formes non nomenclaturées. C'est un de mes axes de recherche.

 

KA : Justement peux-tu nous parler de tes recherches ?

 

AA : Bien sûr. Ma pratique s'oriente sur trois choses. L'affinage de la technique et des principes par la répétition du kihon, tout en essayant de coller à ce que font mes références mais aussi en m'inspirant de la pratique visuelle du fondateur. La recherche d'une certaine application martiale, la création de l'absorption et du kokyu.

 

KA : Et au niveau de l'enseignement, comment organises-tu tes cours ?

 

AA : à vrai dire j'organise rien. Parfois il m'arrive d'avoir une idée de cours et j'imagine un plan de cours, mais mes meilleurs cours ont été jamais préparés. Je vois le niveau des élèves et j'apporte ce que j'estime qu'ils ont besoin. Par contre, je me pose souvent des défis.

 

KA : Du genre ?

 

AA : J'essaie à chaque cours de proposer des techniques ou des thèmes que je maîtrise le moins bien. Cela me force a être exigeant, vigilant surtout. Il m'arrive aussi de faire des techniques que j'aime plus que d'autres ou de bosser sur des choses qui me font envie ça m'arrive mais je me dis jamais : « tiens j'ai envie de bosser sa aujourd'hui parce que je sais faire ». Je me dis surtout « qu'est-ce que je peux montrer qui me pose de réels soucis ? ». Par exemple je maitrise moins bien le travail hanmi handachi waza ou les koshi nage que les irimi ou les shiho nage. L'autre soir j'ai fait un cours sur ushiro ryo hiji dori (chose qu'on pratique assez peu finalement). Mais en fait mes problématiques ont été aussi celles des élèves et grâce à ce que je voyais, j'ai pu établir mes propres erreurs et corriger mon travail et celui des pratiquants. Je trouve cela enrichissant on avance ainsi tous ensemble, élèves et professeur.

 

KA : est-ce que ça t'arrive de ne pas réussir à appliquer une technique sur tes élèves ?

 

AA : Oui ça arrive souvent. Même si l'élève peut sembler septique, je lui dis que moi aussi il me reste encore du chemin à parcourir. Cela me permet également de tester des choses, de chercher encore et de revenir plus tard avec une technique plus précise. C'est comme cela que je progresse en tant qu'enseignant. Ce qui devient plus complexe c'est de rester élève.

 

KA : Rester élève, c'est a dire ?

 

AA : Lorsque l'on enseigne, il faut pas perdre de vue que l'on est élève de tel enseignant, tel sensei. Parfois le sensei est toujours la donc on essaie de pratiquer sous sa direction afin d'échanger et de s'imposer de nouveaux défis à surmonter. Parfois, et c'est mon cas en ce moment, le sensei est toujours vivant mais comme j'enseigne de plus en plus, je me retrouve moins sur le tatami a suer avec les autres, donc faut trouver une autre manière de pratiquer. La première chose c'est d'enseigner en étant très exigeant envers soi même, s'auto corriger et c'est difficile. La seconde solution est de privilégier la pratique individuelle qui va nous permettre de bosser sur quelque chose que l'on va soit redistribuer, ou tester voir ce qui marche et ce qui manque. C'est entre autre pour cela que je passe faire sentir le travail aux élèves. D'une part ça leur donne la direction que je souhaite leur inculquer, d'autre part et c'est le coté egoiste peut être de la chose, cela me permet de tester voir si ça fonctionne sur tout le monde. C'est une autre forme d'apprentissage plus autonome.

 

KA : Quels conseils donnerais-tu aux gens qui viennent à tes cours ?

 

AA : Parlez moins sur le tatami, suez beaucoup plus et apprenez à regarder et à voir ce qui ne se voit pas. J'ai moi aussi beaucoup de progrès à faire la dessus mais c'est le meilleur conseil que j'ai à donner.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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